À l’heure où les dernières technologies numériques permettent de générer les images de mondes qui, en un prompt, s’accordent absolument à nos désirs, donner le goût du réel revêt soudain une nouvelle urgence.
Comment partager le goût de la rencontre, une curiosité pour les visages, les territoires inexplorés ? Comment dire, sentir, penser, l’expérience de vivre de chacun ? Quel regard poser sur le monde ?
Le cinéma documentaire nous invite à penser le réel, en s’adressant à toutes et tous. Dans la sphère familiale ou dans un pays lointain, dans la vie quotidienne ou dans les institutions, les cinéastes explorent un monde qui nous est commun, à travers les expériences nécessairement singulières que chacun en fait.
Avec “Terres de doc”, Ardèche Images propose la constitution d’un réseau de diffusion et de partage d’expériences autour du cinéma documentaire. Les films que nous vous proposons ici, et que nous avons choisis au sein d’une riche offre régionale, posent davantage de questions qu’ils n’apportent de réponses, laissant la place au spectateur de former ou déplacer son regard, d’enrichir encore davantage son rapport au monde, d’être traversé par les rires ou les larmes, l’interrogation, enchanté par la beauté ou agité par la colère ou l’indignation.
Dans ce catalogue de dix films, vous rencontrerez des agriculteurs qui vivent, travaillent et luttent, de la France (Les Initiés, La Chanson de Jérôme) à la Bolivie (Mascarades). Entre science et poésie, vous pourrez contempler des glaciers, des montagnes et des rivières dans des films traversés par les enjeux écologiques auxquels ces éléments sont exposés (Méandres ou la rivière inventée, Pacheû). Parfois, le cinéma documentaire use du faux pour dire le vrai. Par le jeu et la mise en scène, La Chanson de Jérôme et Sauve qui peut abordent, l’un dans le monde paysan, l’autre dans le milieu hospitalier, les limites et la violence de systèmes qui ne permettent pas d’exercer pleinement son métier.
Le réel est aussi abordé avec humour et légèreté, par la réalisatrice Hélène Bares et sa cousine, qui taillent la route pour prendre des vacances bien méritées dans Evy et moi ou par la quête que mène le cinéaste Thierno Souleymane Diallo à la recherche du premier film guinéen, épopée à travers l’Histoire et le cinéma, dans Au cimetière de la pellicule.
Enfin, trois courts métrages à programmer ensemble ou séparément, premiers gestes de réalisatrices d’une riche inventivité plastique, explorent des sujets sérieux avec malice ou poésie. Dans le très émouvant 4801 nuits, Laurence Michel utilise le théâtre d’objets pour aborder non sans humour son alcoolisme et son abstinence. À vol d’oiseau raconte par le dessin et l’animation l’histoire d’Amadou Diallo, jeune homme réfugié en France ; manière délicate et poétique d’accompagner un récit aux images manquantes.
À l’heure où le droit des femmes à disposer de leurs corps est battu en brèche de par le monde, Marie Bottois filme, elle, la pose d’un stérilet sur son propre corps dans Le Passage du col renouant ainsi avec une tradition du cinéma militant féministe des années 70, lorsque les procédures médicales étaient filmées à des fins d’information et d’autoformation.
Et comme le cinéma documentaire, ce n’est pas que pour les grands, découvrez une sélection de cinq films courts, en partenariat avec l’Agence du court métrage. Un programme magique, drôle et enchanté, pour parler du cinéma et du réel avec les enfants à partir de 6 ans, qui ravit les enfants autant que leurs parents.
SAUVE QUI PEUT
d’Alexe Poukine
PACHEÛ
de Camille Llobet
MÉANDRES OU LA RIVIÈRE INVENTÉE
de Marie Lusson et Emilien De Bortoli
AU CIMETIÈRE DE LA PELLICULE
de Thierno Souleymane Diallo
EVY ET MOI
d’Hélène Bares
4801 NUITS
de Laurence Michel
LE PASSAGE DU COL
de Marie Bottois
À VOL D’OISEAU
de Clara Lacombe