
Comme pour tout film documentaire, réaliser un premier film commence peut-être par une question de distance. Pas seulement la distance qui sépare une caméra de son sujet, mais celle qui nous relie à une histoire. Et la bonne distance n’est pas donnée d’avance, il faut la chercher.
Dans son film Le Buffle d’eau, Anaïs Mak part de ce qui peut sembler être le plus proche : son père. En huis clos depuis le salon de l’appartement de la famille, installé à quelques mètres d’elle, il lui raconte sa fuite à la nage de la Chine communiste vers Hong Kong dans les années 1970.
La Nuit du commandant se mesure à un autre écart. Ici, l’Histoire est en train de se faire et le film s’écrit dans l’urgence du présent. Journal filmé en Ukraine, le film rencontre des jeunes ukrainiens et ukrainiennes contraint·es de vivre sous la menace de la guerre qui a débuté en 2022. Ici aussi, il est question de trajectoires : rester, partir, combattre, attendre, en tout cas chercher à vivre malgré tout. La cinéaste interroge sa position dans cette instabilité et se confronte alors à des questions exigeantes : comment filmer dans un pays en guerre ? Comment trouver sa place de cinéaste lorsque les représentations de ce que l’on vient filmer préexistent autant ? Comment trouver une forme qui ne soit ni illustration ni commentaire ?
Ces deux premiers films permettent de faire apparaître deux chemins de cinéma très différents, et des parcours de cinéastes qui cherchent leurs positions politiques et cinématographiques, leur juste distance sans la considérer comme acquise.
Cette séance proposera de discuter des films mais également des parcours et accompagnements qui ont rendu possibles leurs réalisations afin d’aborder concrètement ce que signifie aujourd’hui fabriquer un premier film.
Clémence Arrivé-Guezengar (programmatrice)
Discussion avec les deux cinéastes animée par Clémence Arrivé-Guézengar.