Jeune création africaine

Longtemps, les États généraux du film documentaire ont été un lieu d’écoute et de découverte des cinémas documentaires venus d’Afrique subsaharienne. Cette programmation s’inscrit dans cette histoire, tout en cherchant moins à dresser un panorama qu’à faire entendre une pluralité de gestes, de regards et de manières d’habiter le monde.

Des rues de Dakar aux paysages forestiers du Cameroun, de la Côte d’Ivoire au Soudan en passant par la République démocratique du Congo, les films de cette sélection explorent des espaces marqués par la mémoire, les héritages politiques, les transformations sociales ou les bouleversements contemporains. Mais ils le font en refusant les formes attendues du témoignage ou du constat.

L’attention portée aux corps, aux voix, aux gestes quotidiens, aux récits intimes ou aux traces du passé ouvre des voies où l’expérience sensible devient un mode de connaissance. Les territoires qui apparaissent ici ne sont jamais de simples décors : ils sont traversés par des histoires, des rapports de force, des imaginaires et des formes d’attachement qui constituent la matière même des récits.

La programmation s’ouvre sur des films qui nous conduisent vers des lieux rarement représentés à l’écran : un village camerounais à l’heure des élections présidentielles, les archives de la colonisation mises en regard avec la vie dans les sites miniers, les petites villes du nord-est de la République démocratique du Congo et leurs combats de catch populaires. Pourtant, ce qui se joue ici dépasse la seule question de la visibilité. Ces films révèlent des formes d’organisation collective, des systèmes qui échappent aux logiques gouvernementales ou globales, des manières d’être ensemble qui persistent, se transforment ou résistent. Filmer un territoire, c’est aussi filmer les liens qui le constituent.

Au cœur du programme, le film de Mamadou Khouma Gueye entrent en résonance avec ceux d’autres jeunes cinéastes sénégalais qui interrogent les mutations de leurs environnements. Leurs œuvres observent les lieux au moment où ils changent : quartiers engloutis détruits au passage de nouvelles voies de circulation, usages déplacés, paysages traversés par de nouvelles logiques économiques ou urbaines. Mais ces transformations ne sont jamais envisagées comme de simples phénomènes d’aménagement. Elles affectent les êtres jusque dans les corps, redessinent des appartenances, déplacent des mémoires. Le portrait devient alors une manière de saisir des existences prises dans les bouleversements d’un monde en mouvement.

Au fil de cette journée de programmation, les œuvres semblent ainsi se rapprocher des êtres qu’ils filment. Des espaces collectifs et des récits historiques, ils glissent progressivement vers des territoires plus intimes. Une chambre prénuptiale, un foyer recomposé depuis l’exil, des souvenirs, des absences, des projections. Dans ces films, l’expérience personnelle n’est jamais rabattue sur le seul registre autobiographique. Elle devient un point d’accès à des questions plus vastes : le déplacement, l’appartenance, la transmission, la création, la perte ou le désir. Comme si, après avoir parcouru des territoires géographiques et sociaux, le cinéma s’aventurait dans des territoires intérieurs où continuent de se jouer les mêmes questions d’ancrage, de mémoire et de devenir.

Cette attention au réel ne se traduit jamais par un simple souci de restitution. Les cinéastes réunis ici expérimentent avec toute la palette formelle offerte par le cinéma documentaire : les archives, la performance, la mise en scène, le récit autobiographique ou les dispositifs d’observation. Ils en déplacent les frontières, non pour s’éloigner du réel mais pour trouver des formes capables d’en restituer la complexité sensible, politique et affective.

Cette sélection est née d’un dialogue entre nos deux parcours et nos expériences du cinéma documentaire. Elle s’est construite à partir d’œuvres qui nous semblaient partager une même attention aux lieux, à celles et ceux qui les habitent et aux transformations qui les traversent. Plus qu’un état des lieux, nous avons voulu composer un parcours de films et de rencontres qui mène des territoires extérieurs aux espaces intimes, des formes collectives aux récits personnels, des mémoires héritées aux mondes qui s’inventent aujourd’hui.

Madeline Robert et Mamadou Khouma Gueye

Séances programmées et animées par Mamadou Khouma Gueye (cinéaste) et Madeline Robert (programmatrice et productrice).

19/08/2026

21:00

Salle LaScam

les films de la séance

Lassiguili

Lassiguili

Zeinab Soumahoro | 2025 | 27'

Nothing Happens After the Revolution

Nothing Happens After the Revolution

Ibrahim Omar | 2026 | 79'