Ciné-conférence sur l’œuvre de Franco Maresco avec Daniele Ciprì accompagnée d’extraits de films.

Informations

Pays de production : /

Durée : 0mn

Générique

Réalisation : /
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Synopsis

L’œuvre de Ciprì et Maresco a représenté le seul événement cinématographique d’envergure, esthétique et politique, à avoir surgi durant les années désastreuses de l’ère berlusconienne (1994-2014). L’Italie de leurs films est une « Terre vaine », sans frontières ni loi, un paysage dévasté par une bombe (ils commencent leur carrière juste avant les attentats mafieux des années 90) dans lequel se meuvent les restes d’une humanité bestiale et monstrueuse. Les hommes de leurs films sont des freaks, des êtres réduits aux fonctions primaires s’exprimant dans un dialecte presque incompréhensible. Le lieu de cette apocalypse est la Sicile : un lieu à la fois abstrait et concret, métaphysique et charnel, un Sud débarrassé de tout exotisme et charme touristique. La force de leur cinéma ne réside pas seulement dans l’invention d’un imaginaire unique, mais aussi dans le choix du comique comme moyen de mettre à distance le réel et d’en révéler l’absurdité. Le fou rire qui nous surprend n’est pourtant jamais cathartique, mais nous démasque en tant que spectateurs, nous pousse à la pensée et à l’abstraction. La clef de voûte de cette œuvre est la recherche d’une forme monumentale, absolue, qui rachète le réel à travers la perfection bichromatique de la photographie, l’immobilité prolongée des plans, la pauvreté franciscaine des décors. C’est un cinéma de l’après-Histoire, qui repense sans aucune nostalgie post-moderne l’histoire du cinéma. Il n’y a pas une ombre d’esthétisme gratuit, ni de cruauté facile dans leur cinéma. Au contraire, ils construisent une œuvre profondément populaire, dans un pays où le peuple a disparu, détruit par une mutation anthropologique qui a anéanti tout lien social, éthique, politique. 

The work of Ciprì and Maresco was the only major cinematic, aesthetic and political phenomenon to emerge during the disastrous Berlusconi era (1994-2014). In their films, Italy is a “Waste Land” without borders nor laws, a bomb-devastated landscape (their career began right before the mafia attacks of the 1990s) for the remnants of a bestial and monstrous humanity to wander about. The men in their films are freaks, beings reduced to primary functions and speaking a nearly-unintelligible dialect. This apocalypse is set in Sicily; a place that is both abstract and tangible, metaphysical and carnal, a South stripped of all exoticism and touristic charm. The power of their cinema lies not only in the invention of a unique imagery, but also in their use of comedy as a means of distancing oneself from reality, thus revealing its absurdity. Yet the fits of laughter that take us by surprise are never cathartic; rather they expose us as spectators, prompting us to reflect and to think abstractly. The cornerstone of this body of work is the quest for a monumental, absolute form that redeems reality through the photography’s two-tone perfection, the shots’ prolonged stillness, the sets’ Franciscan austerity. It is a post-historical cinema that revisits film history without any postmodern nostalgia. There is no trace of gratuitous aestheticism or cruelty in their cinema. On the contrary, they create profoundly popular films in a country whose people has vanished, destroyed by an anthropological mutation that has eradicated all social, ethical and political bonding.