
En 2025, les États généraux programmaient, sous l’intitulé « Palestine », plusieurs films. Face au génocide, il s’agissait de contrer l’invisibilisation d’un peuple par le déploiement de voix, de récits, de regards. Un an plus tard, où en sommes-nous ? À Gaza, en dépit du cessez-le-feu, l’écocide, l’urbicide, le culturicide menés par l’État d’Israël continuent et les morts s’amoncellent. Et alors que nous planchions sur la programmation 2026, l’Iran et le Liban ont été attaqués – rappel que ce qui est à l’œuvre relève d’un impérialisme colonial.
En trois séances, les films réunis représentent, ancrent, prennent acte de ce qui se joue au Liban et en Palestine. De Palestine, un autre Vietnam, qui rappelle comment le cinéma palestinien s’est tressé dès les années soixante à la cause internationaliste et de solidarité globale ; à Off Frame ou la Révolution jusqu’à la victoire agrégeant des images de sources diverses, ces films replacent « la lutte des Palestiniens dans une histoire d’oppression qui a débuté bien avant 1948[1] ». Dans The Flowers Stand Silently, Witnessing, où la beauté des fleurs cueillies par brassées – métaphore terrible de la colonisation – s’articule à la trop rare présence de Palestinien·nes ; et dans Intersecting Memory (ذاكرة متقاطعة) qui via une adresse à la mère souligne la nécessité de se saisir de l’histoire collective pour appréhender son histoire intime ; l’on voit comment une image n’est jamais qu’« une » image. Vibrations de Gaza et Contes de la terre blessée placent, eux, au cœur de leurs enjeux la façon dont l’occupation et les destructions s’infiltrent partout, affectent tout le monde. Idem pour The Diary of a Sky qui, en scrutant un espace impensé de la guerre, l’espace aérien, énonce avec une évidence désarmante la continuité territoriale – du Liban à la Palestine – de la logique impérialiste d’Israël. Dans tout ce qu’ils déplient, ces sept films nous convoquent. Loin d’héroïser les luttes ou d’assigner les personnes filmées à un cadre humanitaire, ils (re)branchent les situations en cours à un contexte historique et politique, ils déploient des narratifs riches et nous interpellent sur ce qu’on regarde, comment, et sur ce qui nous regarde.
caroline châtelet
Séances animées par caroline châtelet et Samah Karaki (neuroscientifique et essayiste).
[1] Stefanie Baumann, Voir la Palestine, éditions Lorelei, 2024.