Ardèche images a initié le programme Africadoc en 2002 avec une première résidence d’écriture sur l’île de Gorée, au Sénégal, avec l’objectif d’accompagner des autrices et des auteurs depuis la première idée d’un film, jusqu’à sa mise en production via des rencontres professionnelles.
Puis, à partir de 2012, Docmonde a soutenu l’émergence de productions locales en s’appuyant sur un réseau de producteuric·es engagé·es pour le développement international du documentaire.
Après le Sénégal, le programme a initié des actions dans 19 autres pays africains, puis les programmes Eurasiadoc, Doc océan Indien, Doc Amazonie Caraïbe, Doc Pacifique et Asiadoc, développés grâce à un réseau de partenaires.
Cette année, nous voyagerons vers trois zones géographiques où nous sommes aujourd’hui les plus actif·ves : l’Afrique, l’Eurasie et la Caraïbe.
Les deux films les plus courts viennent de République Démocratique du Congo et ont été rendus possibles par le programme Impala, réunissant Docmonde, les ateliers Varan et 13 associations d’Afrique de l’Ouest et centrale. Les deux autres ont été développés par Docmonde, l’un en Sibérie, en partenariat avec SiberiaDoc (basée à Krasnoïarsk), l’autre en Martinique et en Guyane, en partenariat avec Atelier Vidéo Multimédia (basée à Saint-Laurent-du-Maroni).
Riche et Sagesse d’Elvera Nkodia nous fait rencontrer deux jeunes des rues de Pointe-Noire qui tentent de s’en sortir en vendant des jouets sur la plage. Quand la police rafle le quartier à la recherche de jeunes délinquantes, surnommés les « bébés noirs », la petite bande se met à l’abri. La réalisatrice se rapproche alors au plus près des adolescents pour partager leur désir de se raconter, de porter témoignage de leurs vies fragiles, de leurs espoirs, de leurs lendemains incertains.
C’est encore sous le signe du témoignage que se place l’autre film venu de Pointe-Noire, Où sont passés les visages de Wally. Dialogue frontal, sincère, avec des témoins sans visages, membres de la communauté LGBTQI, obligé·es de rester anonymes pour ne pas risquer de représailles. Dans la forme comme dans le propos, le film crie, chante, murmure sa nécessité et sa liberté.
Attention : fermeture des portes a été développé dans une résidence d’écriture en 2018, quatre ans avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce portrait du Chœur du Métropolitain de Moscou s’est trouvé percuté par la guerre. Les propos et les situations prennent soudain d’autres significations et, à l’instar d’une saisissante séquence de commémoration de la Seconde Guerre mondiale filmée en 2020, le film capte les indices d’une société déjà profondément violentée par l’autoritarisme.
La lumière dorée qui caresse le tulle d’une robe de mariée, les cadres précis qui découpent l’espace familial, les rituels filmés avec attention, la voix douce du réalisateur Feguenson Hermogène : tout dans Résurgence concourt à établir une juste distance face aux récits terribles de la violence des hommes, au sein du couple et de la famille. Résolument du côté des femmes, du quotidien, de la magie et de la beauté des choses, le film relate avec pudeur les douleurs inconsolables et les assignations traditionnelles.
Autant de films différents dans leur projet comme dans leurs formes, dont nous évoquerons la fabrication concrète, depuis les résidences d’écriture jusqu’au travail de production.
En 2026, Docmonde intervient en Afrique et dans la région Eurasienne. Mais aujourd’hui, l’existence de l’association est menacée, l’insuffisance des subventions de fonctionnement ayant entraîné des problèmes structurels et économiques. Peut-être même que, lorsque vous lirez ces lignes, elle aura cessé d’exister ? Pourtant, Docmonde a accompagné des centaines de cinéastes, initié beaucoup de coproductions pour faire exister des regards indépendants sur le réel et pour soutenir des œuvres qui travaillent la complexité, le sensible, la durée. Et nous le savons, même si l’entité administrative Docmonde devait disparaître, quelque chose de cette aventure se prolongera. Toutes ces personnes qui se sont rencontrées, ont travaillé et construit ensemble, ces personnes constituent aujourd’hui une toile fragile, mais vivante. Elles créent et font exister des films, elles proposent des formes du monde que nous pouvons à notre tour habiter et faire nôtre.
Samuel Aubin, Vladimir Léon et Vincent Sorrel
Wally Moueli Adamou | 2025 | 28'
Feguenson Hermogene | 2026 | 51'