« À bas l’objectivité ! » s’écrie, enthousiaste, Michèle Firk dans Positif, à propos de la Lettre de Sibérie de son camarade et ami Chris Marker.

Cette année, hasard des festivals et du printemps, deux films d’archives consacrés à la critique et révolutionnaire disparue au Guatemala en 1968 se sont épanouis sur les écrans : Tricontinentale, lettre à ouvrir au cas où de la cinéaste cubaine Laura Cazador présenté à Visions du Réel, et Une Vie manifeste de Jean-Gabriel Périot, montré à Cannes Classics. Le temps d’une matinée, alors, adoptons le point de vue de Michèle Firk sur les films, et sur l’un d’entre eux en particulier, qui constitue un tournant dans son style critique : Lettre de Sibérie. La forme de l’essai, écrit ou filmé, qui caractérise le Groupe Rive Gauche – où se croisent Agnès Varda, Alain Resnais, Chris Marker ou encore Sarah Maldoror, notamment liés par leurs positions de gauche et internationalistes, groupe auquel Firk appartient à bien des égards – est le lieu de l’élaboration d’une écriture à la première personne, d’un regard situé et d’une manière de parler politiquement des images. « Je vous écris d’un pays lointain » cite Firk, comme une prémonition de ses carnets latino-américains dont ne disparaîtra jamais l’expérience des films, découverts dans les cinémas cubains ou guatémaltèques. « Je vous regarde d’un pays lointain », continuent de murmurer les textes à travers le temps.  

Occitane Lacurie

18/08/2026

09:45

Salle cinéma

les films de la séance

Lettre de Sibérie

Chris Marker | 1958 | 59'